JE PREFÈRE DISPARAÎTRE. CONVERSATIONS AVEC ROBERT WALSER. Sylvie Durbec traduce Marco Ercolani, II.

Éthique

Mon jeune ami, si je me suis fait ouvrir les portes de cet endroit, c’est à cause justement d’un besoin moral irrépressible: je suis entré ici, presque sans m’en apercevoir. Oui, ma sœur était d’accord. Mais moi, plus encore. Disparaître relève de l’éthique. Ne plus se trouver au milieu de gens qui se croient vivants. Et quel meilleur lieu que celui-là pour le dire de manière définitive, avec le consentement de votre science inutile? Maintenant je peux tresser des paniers et ficeler des paquets. Regarder défiler les saisons. Écrire de la poésie et me réjouir de leur inexistence. L’époque où je devais dire qui j’étais (et je me repens des monologues de Simon dans Les Enfants Tanner, trop de mots, une suite de pages toutes pareilles) est passée depuis longtemps. J’ai eu trop de temps pour le dire, mais en ces temps, les planètes tournaient en orbites gracieuses et je cédais à leurs caprices. Aujourd’hui je les sens immobiles et les regarde comme un seul point, je ne me vante pas d’elles, ni elles de moi. Je regarde mes doigts, l’air qui les sépare – tellement d’air, trop, et qui vibre désagréablement dans les oreilles.

Etica

Mio giovane amico, mi sono fatto aprire io le porte di questo luogo: è proprio per un insopprimibile bisogno etico che ci sono entraato dentro, quasi senza accorgermene. Sì, mia sorella era d’accordo. Ma io più di lei.

Etico è sparire. Non esserci più in mezzo alle persone che credono di essere vive. E quale luogo migliore di questo per afferrarlo in modo defintiivo, con la complicità della vostra inutile scienza?

Ora posso intrecciare canestri e legare pacchi. Guardare scorrere le stagioni. Scrivere poesie e godermi la loro inesistenza. Il tempo in cui dovevo dire chi sono (mi pento dei troppi monologhi di Simon nei Fratelli Tanner, tante, troppe parole, che sequenza di pagine uguali!) è passato da un pezzo. Ho anche avuto troppo tempo per dirlo, ma allora i pianeti giravano con orbite graziose e io li assecondavo. Oggi li sento immobili e li scruto come un solo punto, non mi vanto di loro e certo non loro di me. Mi guardo le dita, c’è aria che le separa, tanta, troppa aria, e vibra fastidiosa nelle orecchie!

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Rire?

J’ai la nostalgie du temps où je recopiais des invitations à dîner et des ordonnances de docteurs. Alors, j’étais heureux comme un gosse, j’imaginais que mon écriture produisait des nourritures délicieuses ou soignait d’incurables maladies: choses que ma calligraphie rendait possibles à force d’arabesque précision. À présent je n’y crois plus. À présent j’ignore où va le monde, même si ici, à Herisau, il est facile de le prévoir. Observés par des visages atones, on se perd dans des yeux qui vont on ne sait où. Un halo, un bruit de voix, un écho, et puis le sommeil. Pourtant aucune larme. Au contraire, il faudrait rire et ne jamais s’arrêter. Ici, à l’asile, il y a tant de théâtres que je pourrais écrire des comédies en un acte, si seulement j’avais encore l’envie de tracer des merveilles sur le papier.

Ridere?

Ho nostalgia di quando copiavo inviti a cena e biglietti da visita ai dottori, allora ero come un bambino, immaginavo che la mia scrittura producesse cibi deliziosi o curasse malati inguaribili: cose che la mia calligrafia certificava con arabescata precisione. Oggi non lo credo più. Oggi non so dove andrà il mondo, anche se qui a Herisau è facile prevederlo. Guardàti sempre da facce attonite, si affonda in occhi che vanno non so dove. Un lungo alone, un rumore di voci, un’eco, e poi il sonno.

Però niente lacrime. Al contrario, bisognerebbe ridere e non smettere.

Qui, in tutto il manicomio, ci sono tali palcoscenici che potrei scrivere farse iin un atto se solo avessi voglia di intrecciare ancora meraviglie su carta.

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Montgolfières

Je suis fou parce que vierge? Vierge parce que fou Être vierge n’est pas le pire des péchés, c’est la meilleure des défenses. Je laisse le monde à sa tranquillité. Je marche à côté. Je me promène, je marche, c’est ma manière d’aimer le monde. Si on peut aimer avec violence? Non, pas du tout, avec la violence on ne peut que blesser et déchirer. L’amour est douceur, lenteur. Comme traverser la terre colorée en la contemplant depuis une montgolfière. Ces derniers temps, les mots me semblent faibles et sourds. Mais les chants des oiseaux, ceux que j’entends quand je suis là-haut, dans le ballon, oh oui, comme ils sont clairs là-haut! Et quelquefois (mais ne le dis à personne, c’est peut-être un symptôme), je crois entendre la voix des chevaux. Comme me le chuchotait une amie enragée, je me souviens de son nom, Greta, elle voulait révolutionner le monde avec le style logique et barbare de ses yeux clairs. Peut-être Gulliver avait-il raison quand il créa le royaume rationnel et parfait des Houyhnhnm. Je ne crée pas de royaume, je caresse le papier qui renvoie les reflets d’un miroir. Comme il brille…

Mongolfiera

Sono pazzo perché sono vergine? Sono vergine perché sono pazzo? Essere vergini non è il peccato peggiore, è la difesa migliore. Lascio che il mondo proceda tranquillo. Io gli cammino a fianco. Passeggio, passeggio, è il mio modo per amarlo. Si può amare con violenza? No, no, con la violenza si può solo ferire o squarciare. L’ amore è morbido, lento. È traversare la terra colorata guardandola da una mongolfiera. Da così tanto tempo le parole mi sembrano sciocche e sorde. Ma i canti degli uccelli, quelli che senti quando sei in alto, in cima al pallone, oh sì, come sono acuti proprio lassù! E qualche volta (non dirlo a nessuno, magari è solo un sintomo) mi sembra di sentire le voci dei cavalli. Come mi bisbiglia, lo ricordo appena, un’amica furiosa, di nome Greta, che avrebbe voluto sovvertire il mondo con lo stile logico e barbaro dei suoi occhi chiari. Forse Gulliver aveva ragione quando creò il regno razionale e perfetto degli Houyhnhnm. Io non creo regni, io accarezzo la carta stagnola che manda i riflessi di uno specchio, ma come luccica….

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Serviable ou aimable

Je voudrais bien savoir de quelle manière tu entends contrôler les âmes de Herisau. Être timonier des douleurs est acte de magie thérapeutique. Mais sois tranquille, je ne te donnerai ni conseils, ni ne contesterai tes choix. Je serai un néant. Je dois rester ici, à l’intérieur. Dehors je serais en danger. Je pourrais aussi être serviable, ou aimable. Parfois, ici, quelqu’un s’intéresse à moi. Ça ne me plaît pas, et m’offense. Qu’on s’éloigne de moi. Qu’on m’oublie. Toutes mes existences ont permis la construction de mon refuge actuel: ma gracieuse et visible invisibilité. Aucun autre sentiment que celuilà: disparaître en continuant à respirer. Comme si le corps, au moins en partie, se détachait de la peau. Une plaisanterie. Une bouffonnerie. Est-ce que je parle à quelqu’un qui peut me comprendre? Docteur Weiss, est-ce que tu sais ce que je te veux dire? La folie sauve la vie quand elle n’est pas ricanement, grimace de douleur, quand elle invite au silence. Tel le silence parfait, elle ressemble au sommeil. Ce n’est pas un cri pointé comme une épée au fond des yeux. Ô médecins, ne vous bercez pas d’illusions. Vous voudriez nous contrôler. Contrôler qui, exactement? Comment? De quelle façon? Existe-t-il un sédatif contre la colère métaphysique? Mon devoir est de vous contredire. C’est nous qui devons vous contrôler, car nous sommes la musique et vous seulement les exécutants. Vous, médecins d’Herisau, qui avez oublié que nous avons accordé la permission de discourir à notre sujet. Juste une permission. Un prêt. Que nous vous retirerons à notre guise.

Utile o amabile

Vorrei sapere in che modo intendi controllare le anime di Herisau. Essere timoniere dei furori è un atto magico e una terapia. Ma stai tranquillo, non ti consiglierò, non ti contesterò. Sarò un niente. Io devo stare qui dentro. Fuori sarei pericoloso. Potrei anche essere utile, o amabile.

Talvolta, qui, piaccio a qualcuno. Questo non mi va, e mi offende. Mi si allontani. Mi si dimentichi. Tutte le mie vite sono state la costruzione di questo rifugio presente: sono la mia graziosa, apparente invisibilità. Nessun altro sentimento che quest: sparire continuando a respirare. Come se il corpo, almeno per un po’, si staccasse dalla pelle. Una burla. Una beffa.

Ma parlo a chi può capirmi? Dottor Weiss, tu sai cosa sto dicendo? La follia salva la vita quando non è ghigno, smorfia di dolore; quando invita a tacere. Come il perfetto silenzio, è soltanto simile al sonno. Non è un grido piiantato negli occhi come una spada.

O dottori, dottori, non illudetevi!

Vorreste essere i nostri controllori. Ma controllare chi? E come? In che modo? Esiste un sedativo per le collere metafisiche? Devo contraddirti. Siamo noi a controllarvi, siamo solo noi la musica su cui potete tentare le vostre esecuzioni. Voi, dottori di Herisau, avete dimenticato che vi abbiamo concesso la parola su di noi. Concesso. Solo concesso. Un prestito. E ve la ritireremo quando vogliamo.

Robert Walser
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